
C’était une petite maison au bord de la mer. J’y allais en vacances chez mon oncle et ma tante. Elle était silencieuse, il n’y avait pas la télé. Le genre de maisons toute simple où l’on rentre se coucher après de belles journées à la plage, ces maisons où l’on ne mange que sur la terrasse, jamais à l’intérieur.
Tous les deux corrigeaient les copies de leurs élèves. Je lisais, ou j’allais à la plage. J’ai le souvenir d’un polar très gros, dont je n’ai jamais su la fin…
J’étais seule avec eux, et je n’étais pas habituée à autant de liberté, ni à autant d’attention. C’était comme si, pour une petite semaine, j’étais devenue fille unique; j’aimais ça.
Les journées s’écoulaient sans montre. La cloche de l’église, tout près, sonnait au quart d’heure.
Je me souviens des petits biscuits, avec le café, après manger, quand ils allumaient la radio pour écouter “le jeu des mille francs”. Sablés à la noisette, fondants.
Je me souviens des “barbecue”, avec leur nom si exotique pour moi qui ne connaissais que les grillades.
Je me souviens de la friandise que je piochais le soir dans une grande boîte; des calissons ou des bouchons de Bordeaux, puis on allait se promener sur le port et je lisais le nom des barques, certains nous faisaient sourire. Le bruit des vagues dans la nuit, le vent, et une impression de liberté.
Une part de moi est restée là-bas, dans cette maison de St Leu où je me sentais si bien. Je pensais l’avoir oubliée, mais la voilà qui se réveille avec son lot de détails, insignifiants à l’époque, tellement précieux aujourd’hui. Comme une boîte d’épices que j’ouvrirais plus de vingt ans plus tard, et tout est là, qui m’attend, aussi intact qu’au premier jour.
Mon oncle est parti la semaine dernière. Je le vois s’éloigner à pas humbles, lui qui a marqué tant de personnes par sa bienveillance. J’espère qu’il est bien là haut, comme dans sa petite kaz’ de vacances au bord de la mer.