
J’ai vu…
des enfants se retrouver au bas des immeubles et creuser les copeaux pour jouer à la plage.
des adultes se parler, et se rapprocher petit à petit.
des enfants courir autour d’un homme qui arrose l’herbe et pousser de grands cris quand ils se font mouiller.
des adolescents danser avec leur téléphone à la main.
J’ai vu….
un homme masqué, dans son taxi vide, avec une vitre en plexiglas pour protéger les passagers.
une femme tourner et retourner son masque sans savoir de quel côté le porter.
une femme ôter son masque et s’éternuer dans la main.
une autre l’enlever aussi, pour mieux parler à son amie.
J’ai vu…
des masques par terre, et des passants s’en écarter sans respecter la distance de sécurité.
des gens faire la queue à un mètre l’un de l’autre,
les mêmes nettoyer leur caddie avec du désinfectant
les mêmes encore désinfecter leurs mains
et un securitas qui les regardait, les bras croisés.
J’ai vu…
des gens faire la queue pour avoir à manger
d’autres leur offrir des paniers
la police débarquer
et tous les amender.
J’ai vu…
des mains blessées à force d’être nettoyées.
des gouttes de sueur sur les tempes des gens masqués.
de la frayeur dans le regard de certains passants.
de la joie dans les yeux des enfants qui se retrouvent.
J’ai vu…
un couple de personnes âgées au bas de ma rue
Sans masques, sans gants,
Ils s’en allaient, tout simplement, main dans la main.
J’ai entendu dire “l’homme blanc vient de comprendre qu’il est mortel”
et j’ai eu l’espoir…
de ne plus jamais voir, au Burkina, des médecins ne sachant plus quelle mort choisir pour un petit garçon cancéreux et sous-alimenté : le nourrir et renforcer la maladie, le soigner mais l’affaiblir encore ?
J’ai eu l’espoir aussi…
qu’on prendrait l’habitude de se protéger les uns les autres, avec des masques
sur les mots, sur les montres, sur les indicateurs de performance
sur les il-faut-on-doit-y’a-qu’à
sur les talons qui claquent des managers et des soldats du malheur.