Cairn

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Tout près, le bruit de l’eau qui coule, assez fort, presque une rivière. Des voix d’enfants qui s’agitent, grimpent sur les pierres, dans un équilibre instable. Ils jouent, ils détournent l’eau, ils y lancent de grosses pierres pour faire gicler l’eau très loin. L’eau froide sur les petits pieds nus. Les cris de joie et les rires. L’énergie enfin retrouvée après un moment de découragement. Les histoires d’aventures et les rêveries qui filent à toute vitesse, comme ce bout de bois qu’on a lancé: jusqu’où ira-t-il ?
Les voix des adultes qui surveillent, qui discutent, qui redeviennent enfants et détournent le cours d’eau.


Je m’assieds et je ferme les yeux. Mes jambes repliées sous moi, les muscles encore endoloris de la longue marche de la veille. Mes muscles protestent: comment ose-t-on les remettre en marche aujourd’hui encore ?
Ici, tout a plus de sens. Le repas chaud à la cabane qu’on reçoit comme un présent important après une journée de marche. L’eau précieuse, la fête de trouver une source à laquelle se rafraîchir. Le paquet de fruits secs qu’on délaisse en temps normal. La main tendue pour traverser un passage difficile. Les pas plus sûrs de l’enfant qu’on regarde grandir, émerveillé. La caresse du soleil sur une joue. Le confort de la maison qu’on regrette mais qu’on se réjouit déjà de retrouver très bientôt.
Il est peut-être quelque part, finalement, celui à qui l’on met une majuscule, celui qu’on dit comme le vent, comme l’eau ou la lumière et qui veillerait sur nous. Pour rien. Par amour, paraît-il. Cette belle histoire qu’on raconte et qu’on célèbre depuis des générations.
Je pourrais presque y croire. Et alors, j’aurais confiance.

Confiance dans ce chemin devant moi sur lequel, j’en serais alors sûre, il m’envoie des signes. Comme les trois lignes, deux blanches et une rouge, qui m’indiquent la route à suivre quand je suis en montagne.

Confiance dans mes semblables qui entretiennent le sentier pour que je m’y sente en sécurité.

Je ne me sentirais jamais seule. Je n’aurais plus peur du silence. J’aurais ce sentiment de résonance: je parle au monde et le monde me répond.

Plus de cris de détresse dans ce vide qui me renvoie à mon propre écho. Plus l’angoisse, plus la peur. Plus les frissons de terreur qui se glissent le long de l’échine.

Je pourrais presque y croire. Presque…

Je fais le pari d’y croire. Au moins le temps d’une balade dans la nature. Le temps d’éteindre le cerveau atrophié pour laisser parler mon corps, mes jambes, mes sens.

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